Le recours aux partenariats public-privé devra rester exceptionnel
LE MONDE | 28.07.08 |
Le développement
des partenariats public-privé (PPP), sur lesquels l'Etat compte
pour financer et accélérer ses investissements, va être freiné
: le Conseil constitutionnel a, jeudi 24 juillet, partiellement
invalidé la loi relative aux contrats de partenariats privé-public,
adoptée le 9 juillet.
Cette décision empêche d'élargir le recours aux PPP comme
l'espéraient le gouvernement et la majorité parlementaire.
Inspiré du modèle anglais des Private Finance Initiatives,
ce type de contrat - utilisé par exemple pour la construction
des nouvelles prisons - confie à un opérateur privé le
financement, la conception, la réalisation et l'exploitation d'un
équipement public sur des périodes longues (dix, trente ou
quarante ans) en contrepartie d'un loyer payé par la collectivité
publique. Ces contrats devront rester l'exception, comme le prévoyait
la loi antérieure (l'ordonnance de juin 2004), qui restreignait
le recours aux PPP aux projets urgents ou complexes.
Pour Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste du Loiret et l'un
des initiateurs de la saisine, "le Conseil constitutionnel
a infligé un camouflet au gouvernement". Selon les
socialistes, ce dernier a tenté de contourner la motivation de
l'urgence, nécessaire pour faire appel aux PPP.
"BON USAGE DES DENIERS PUBLICS"
Dans la nouvelle loi figurait une longue liste de projets présumés
urgents, aussi bien pour l'université, la recherche et
l'environnement que pour les transports, l'urbanisme, les
constructions scolaires, la rénovation urbaine, ou encore les économies
d'énergie... Cette liste autorisait, du coup, un recours quasi
automatique aux PPP. L'exception devenait généralité.
Les juges constitutionnels indiquent : "Cette présomption
avait pour effet d'empêcher le juge d'exercer son contrôle sur
le caractère d'urgence. Confirmant sa jurisprudence du 26 juin
2003 et du 2 décembre 2004, le Conseil a estimé qu'une telle généralisation
des contrats de partenariat privait de garanties légales les
exigences constitutionnelles inhérentes à l'égalité devant la
commande publique, à la protection des propriétés publiques et
au bon usage des deniers publics. En conséquence, le Conseil a
annulé ces dispositions relatives à la présomption
d'urgence."
Selon l'avocat Paul Lignières, "cette décision assez
politique est dans la droite ligne du précédent avis de la haute
juridiction, qui n'a pas assoupli sa position". Ce spécialiste
des PPP ajoute que "des contentieux contestant la
justification de ces contrats sont donc toujours possibles."
Le Conseil constitutionnel a toutefois fait une ouverture, que
Christine Lagarde, la ministre de l'économie, a saluée dans un
communiqué publié le 24 juillet : "Le Conseil
constitutionnel a en particulier validé de nombreuses
dispositions novatrices de la loi, avec deux apports essentiels :
la création d'un troisième critère, qui permettra de recourir
aux PPP dès que le bilan entre les avantages et les inconvénients
sera plus favorable que pour les autres contrats de la commande
publique, et le principe de l'harmonisation des règles fiscales
et d'assurance entre tous les contrats de la commande
publique."
Pour M. Sueur, l'introduction du troisième critère, le bilan
coût/avantages, "est très étroitement encadrée, le
choix de la collectivité devant se faire après une analyse
approfondie des avantages et des inconvénients, une démonstration
qui ne sera pas facile à apporter".
"L'étape suivante sera peut-être l'extension de cette
évaluation pour tous les types de contrats publics",
note Me Lignières, qui fait valoir qu'aux Etats-Unis,
une loi adoptée sous la présidence de Bill Clinton oblige
l'administration à justifier son choix de ne pas externaliser un
service public.
Isabelle
Rey-Lefebvre
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